Le cinéma aime brouiller les pistes quand il transforme une histoire d’amour en spectacle, en mensonge ou en apparition. La Vénus électrique : la critique du film, séquence par séquence s’y prête d’autant mieux que deux appellations circulent, que le récit est parfois pris pour une série et que sa fin divise. Pierre Salvadori construit pourtant un long métrage très précis, entre foire, peinture et spiritisme. Reste à examiner ses glissements de ton, ses tours de narration et la place accordée à l’illusion.
Ce qu’il faut savoir :
- La Vénus électrique est un film français et belge réalisé par Pierre Salvadori, sorti en France le 12 mai 2026 en avant-première puis le 13 mai 2026 en sortie nationale.
- Il s’agit d’un long métrage unique de 2 h 02, et non d’une série : il ne compte donc ni saison ni épisode, et aucune suite n’est annoncée.
- Pio Marmaï joue Antoine Balestro, Anaïs Demoustier interprète Suzanne, Gilles Lellouche incarne Armand et Vimala Pons prête ses traits à Irène.
- L’histoire se déroule à Paris en 1928, autour d’un peintre endeuillé, d’une fausse voyante et d’une attraction foraine fondée sur l’électricité.
Film ou série, d’où vient la confusion ?
La Vénus électrique est bien un film de Pierre Salvadori, avec un début d’exploitation en salles le 13 mai 2026. Sa durée de 122 minutes suffit à écarter le malentendu sur les épisodes. Le film a aussi été présenté en ouverture hors compétition du Festival de Cannes, ce qui a pu renforcer son statut d’événement plutôt que celui d’une œuvre pensée pour une plateforme.
Deux titres étrangers ou de travail ont circulé autour du projet, dont Venus Electrificata et The Electric Kiss. Ils désignent la même œuvre, pas deux productions concurrentes. Le titre français renvoie à l’attraction de la foire, mais aussi au baiser vendu comme une expérience électrique : dès le départ, l’amour est présenté comme un numéro de spectacle.
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre français | La Vénus électrique |
| Titre original | La Vénus électrique |
| Réalisation | Pierre Salvadori |
| Année de production | 2026 |
| Durée | 122 minutes |
| Sortie française | 12 mai 2026 en avant-première, 13 mai 2026 en sortie nationale |
| Diffusion | Salles de cinéma, puis VOD à partir du 11 août 2026 |
La foire transforme le deuil en attraction
La première partie installe une mécanique de vaudeville. Antoine Balestro, peintre en vogue, ne travaille plus depuis la mort d’Irène. Son galeriste Armand s’inquiète de voir disparaître l’artiste derrière le veuf. Dans la foire, Antoine cherche une voyante capable de lui parler de son épouse ; il rencontre Suzanne, une foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour voler de la nourriture et se retrouve propulsée médium.
Le dispositif fonctionne parce que Suzanne ne devient pas soudainement une magicienne. Elle observe, improvise, comprend les attentes d’Antoine et apprend à habiter le rôle. L’électricité de la baraque foraine prolonge cette imposture : le corps réagit, les lumières créent une transe, le spectacle donne une forme visible à une douleur qui ne l’est pas. Salvadori ne filme donc pas seulement une arnaque. Il filme la fabrication d’une croyance.
Pourquoi les séances de voyance divisent-elles ?
Les séances sont les scènes les plus risquées du film. Elles permettent à Antoine de recommencer à peindre, puisque la conversation fictive avec Irène lui rend une impulsion créatrice. Armand comprend immédiatement le bénéfice de la supercherie et aide Suzanne à prolonger les rendez-vous. Le mensonge devient une thérapie artisanale, avec un galeriste qui pense aussi à la carrière de son peintre.
Le principe est drôle lorsqu’il produit des décalages entre ce que Suzanne sait, ce qu’Antoine croit et ce qu’Armand organise. Il s’essouffle quand les séances répètent la même information : Antoine souffre, Suzanne improvise, Armand encourage. La première demi-heure donne ainsi une impression d’attente. Le film gagne en intérêt quand la supercherie cesse d’être un simple ressort comique et commence à engager les sentiments de Suzanne.
Anaïs Demoustier déplace le centre du film
Anaïs Demoustier donne à Suzanne une énergie nerveuse, presque sèche, qui évite de réduire la fausse voyante à une ingénue attendrissante. Elle sait mentir parce qu’elle sait lire les autres. Son sourire n’efface jamais la fatigue d’une femme exploitée par le monde forain. Face à elle, Pio Marmaï joue Antoine comme un homme à la fois vulnérable et dangereusement disponible à toutes les manipulations.
Gilles Lellouche apporte à Armand une souplesse réjouissante. Le personnage comprend que l’art, le commerce et le mensonge avancent ici dans le même attelage. Vimala Pons, dans le rôle d’Irène, possède une fonction plus complexe : elle existe dans les souvenirs, les confidences et les images qui reconfigurent progressivement le passé d’Antoine. Le quatuor donne au film sa meilleure matière, surtout lorsque les personnages cessent d’occuper une place fixe dans le récit.
Les souvenirs d’Irène réécrivent l’histoire
Le journal intime d’Irène ouvre une seconde ligne narrative. Suzanne ne se contente plus de jouer la voix d’une morte à partir des réactions d’Antoine ; elle découvre les traces laissées par cette femme et s’en sert pour approfondir ses séances. Le film introduit alors des retours en arrière qui déplacent le regard sur le couple disparu.
Cette construction est plus ambitieuse que la simple romance entre un veuf et une fausse médium. Les scènes du passé et celles de la supercherie se répondent, jusqu’à faire circuler les gestes, les regards et les émotions entre Irène et Suzanne. Le montage rapproche les deux femmes sans prétendre les confondre complètement. C’est une belle idée, même si le film la souligne parfois avec un peu trop d’application, comme si chaque couche du mensonge devait recevoir son explication.
La fin électrique assume son ambiguïté
Spoilers sur la fin. Le dernier mouvement du film fait revenir la question d’Irène par le dispositif électrique de la foire. La scène entretient volontairement l’hésitation entre apparition surnaturelle, hallucination et spectacle construit par des personnages qui savent désormais combien Antoine a besoin de croire. Le film ne transforme pas cette incertitude en énigme à résoudre : il l’utilise pour faire du deuil un espace où la fiction peut produire une vérité affective.
Cette conclusion ne convaincra pas tout le monde. Elle paraît à certains trop arrangeante après un récit consacré à la manipulation ; elle séduit davantage si l’on accepte que Salvadori ne cherche pas à punir chaque mensonge. Le choix du morceau Venus de Shocking Blue au générique prolonge le jeu entre la chanson populaire, l’attraction foraine et le titre du film. L’effet est charmant, mais il souligne aussi la part fabriquée de cette émotion finale.
Une comédie française qui préfère l’écriture
Le film réussit ses changements de registre : comédie de troupe, romance mélancolique, récit de fantômes et fable sur l’art. Les décors de foire, les roulottes, les costumes et les couleurs installent une reconstitution élégante. La mise en scène trouve ses meilleurs moments dans les passages où un rideau, une vitre ou un drap sépare les personnages et transforme une pièce en théâtre miniature.
La limite se situe ailleurs. Les idées de mise en scène sont souvent absorbées par le scénario, qui explique les rapports de force et les retournements avec une grande netteté. Les dialogues gardent une vivacité contemporaine parfois peu accordée au Paris de 1928. La Vénus électrique reste donc une comédie attachante, portée par ses interprètes et par une vraie curiosité narrative, mais son élégance ne masque pas toutes ses longueurs. Le film convaincra surtout les spectateurs qui aiment les histoires où le mensonge devient une manière détournée de dire vrai.
Questions fréquentes
La Vénus électrique est-il un film ou une série ?
C’est un film de 122 minutes réalisé par Pierre Salvadori. Il ne comporte ni épisode ni saison, et aucune suite n’est annoncée.
Quand le film est-il sorti en France ?
La Vénus électrique a été présenté en avant-première le 12 mai 2026, avant sa sortie nationale le 13 mai 2026. Sa disponibilité en VOD commence le 11 août 2026.
Qui joue Suzanne dans La Vénus électrique ?
Anaïs Demoustier interprète Suzanne, la foraine qui se fait passer pour une voyante. Pio Marmaï joue Antoine Balestro, le peintre auquel elle fait croire qu’il communique avec son épouse morte.
Le film est-il surnaturel ?
La mise en scène entretient le doute jusqu’au dernier mouvement. Les apparitions peuvent être comprises comme une manifestation surnaturelle, une hallucination liée au deuil ou un prolongement du spectacle forain.
Quel est le rôle de Gilles Lellouche ?
Gilles Lellouche joue Armand, le galeriste d’Antoine. Il comprend que les séances de voyance permettent au peintre de retrouver son inspiration et participe à la prolongation de la supercherie.
Pourquoi le film s’appelle-t-il La Vénus électrique ?
La Vénus électrique est le nom d’une attraction de fête foraine où Suzanne travaille. Le titre évoque à la fois le baiser vendu au public, l’énergie du spectacle et la relation amoureuse qui se construit au milieu des faux-semblants.
Sources
Sources consultées le 30 septembre 2026.
- La Vénus électrique – Film 2026 – AlloCiné, www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=1000017998.html
- La Vénus électrique, Wikipédia, fr.wikipedia.org/wiki/La_V%C3%A9nus_%C3%A9lectrique
- La Vénus électrique : séances à Paris et en Île-de-France – L’Officiel des spectacles, www.offi.fr/cinema/evenement/la-venus-electrique-105959.html
- Critique : La Vénus électrique – Critikat, www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-venus-electrique/